La lettre des métiers juridiques » Justice » Combien de loyers impayés avant l’expulsion : seuils légaux, délais et procédures

Un ou plusieurs loyers impayés peuvent rapidement bousculer la trésorerie d’un propriétaire et poser la question des démarches légales à engager. Le droit locatif n’impose pas un seuil fixe avant de lancer une procédure d’expulsion : la loi et la jurisprudence encadrent les étapes à suivre, le rôle des garanties (GLI, Visale, caution) et les délais à respecter. Ce guide pratique explique, pas à pas, comment réagir face à un locataire en défaut, quelles solutions amiables privilégier, et combien de temps peut durer une procédure d’expulsion en fonction des garanties et de la présence d’une clause résolutoire.

En bref : loyers impayés et expulsion — l’essentiel

  • La loi ne fixe pas de seuils légaux en nombre de loyers impayés ; la procédure peut commencer dès le 2ᵉ mois d’impayé si la clause résolutoire est applicable.
  • Après un commandement de payer délivré par commissaire de justice, le locataire dispose de 2 mois pour régulariser sa dette.
  • Les procédures d’expulsion passent par le tribunal (anciennement tribunal d’instance, désormais tribunal judiciaire) ; les délais varient selon garanties : GLI, Visale, caution ou absence de protection.
  • Des solutions amiables (échéancier, conciliateur) peuvent éviter la saisine judiciaire et réduire les coûts.
  • Le calendrier d’expulsion peut s’allonger à cause de la suspension d’expulsion pendant la trêve hivernale (1er novembre–31 mars) et des délais administratifs.

Seuils légaux : à partir de combien de loyers impayés peut-on engager une procédure d’expulsion

Il n’existe pas de nombre minimum de loyers impayés exigé par la loi pour entamer une procédure. La présence d’une clause résolutoire dans le bail locatif permet de déclencher plus rapidement les démarches.

En pratique, de nombreux bailleurs initient une action dès le deuxième mois d’impayé si aucun accord amiable n’est trouvé. Sans clause, il faut solliciter le juge pour obtenir la résiliation du bail et l’expulsion.

Clause résolutoire vs absence de clause : conséquences pratiques

Lorsque le bail contient une clause résolutoire, le bailleur fait signifier un commandement de payer par commissaire de justice; le locataire a alors 2 mois pour régulariser. À défaut, le bail peut être considéré résilié et la voie judiciaire s’ouvre.

En l’absence de clause, la procédure commence par une mise en demeure, puis la saisine du juge qui apprécie la gravité du manquement (impayés répétés, mauvaise foi, etc.). Le tribunal d’instance, devenu tribunal judiciaire, est compétent pour ordonner la résiliation du bail.

Étapes et délais : déroulé des procédures d’expulsion et délai de paiement

La procédure d’expulsion se déroule en plusieurs étapes formelles. Chacune doit être respectée sous peine d’irrégularité ou de rejet par le juge.

  1. Relance amiable : contact, proposition d’échéancier, écrit à conserver.
  2. Mise en demeure : lettre recommandée avec accusé de réception.
  3. Commandement de payer (commissaire de justice) : délai légal de 2 mois pour régulariser.
  4. Saisine du tribunal judiciaire : audience, décision sur la résiliation et l’expulsion.
  5. Commandement de quitter les lieux puis demande du concours de la force publique si nécessaire.

La durée totale dépend beaucoup des garanties et de la réactivité des parties, ainsi que du calendrier administratif (notamment la trêve hivernale).

La vidéo ci‑dessus illustre le rôle du tribunal et les délais procéduraux.

Tableau récapitulatif des délais selon garanties

Type de garantieDélai pour engager la procédureDélai moyen avant expulsionPrise en charge des frais
Sans garantieDès le 2ᵉ mois d’impayé12 à 18 moisÀ la charge du bailleur
GLI (assurance loyers impayés)Dès 1 mois d’impayé (déclaration selon contrat)6 à 9 moisPrise en charge intégrale souvent prévue
Garantie VisaleDéclaration dans le mois suivant l’impayé8 à 12 moisIndemnisation des loyers, frais judiciaires non couverts
Caution solidaireDès le 1er impayé (mise en demeure)9 à 15 moisFrais à la charge du bailleur sauf recours contre la caution

Solutions amiables et prévention pour limiter les loyers impayés

Avant de saisir le tribunal judiciaire, la négociation reste souvent la meilleure option. Des mesures simples évitent une procédure longue et coûteuse.

  • Échéancier écrit : proposez un plan de remboursement, formalisez-le par un avenant au bail.
  • Conciliation : saisissez gratuitement un conciliateur de justice pour formaliser un accord.
  • Solliciter la caution : adresser une mise en demeure à la caution solidaire dès le premier impayé.
  • Activer une GLI ou Visale : déclarer l’impayé dans les délais prévus par le contrat ou la plateforme.
  • Prévention : sélection rigoureuse du locataire, demande d’attestation d’assurance, vérification des revenus (2,7–3× le loyer recommandé).

Un exemple concret : M. Lefèvre, propriétaire d’un T2 à Lyon, a conclu un échéancier avec son locataire après un premier retard et a évité la saisine du juge. Ce choix a permis de récupérer l’intégralité des sommes sans engager de frais d’huissier.

Pour comprendre les mécanismes de prescription après signification par huissier, consulter un dossier spécialisé peut être utile : préscription des dettes après signification par huissier.

La seconde vidéo présente des cas pratiques de médiation et des conseils pour prévenir les impayés.

Aspects pratiques : que faire pour obtenir et exécuter une expulsion

Même après une décision judiciaire, plusieurs étapes restent à franchir avant l’expulsion effective. Le propriétaire doit obtenir l’ordonnance, faire délivrer le commandement de quitter les lieux et, le cas échéant, solliciter le concours de la force publique.

La suspension d’expulsion pendant la trêve hivernale retarde l’exécution, sauf exceptions (relogement, immeuble dangereux). Vérifiez également la validité du jugement d’expulsion et les voies de recours possibles : validité d’un jugement d’expulsion.

Pour des questions techniques sur la prescription des dettes et le rôle de l’huissier, il est conseillé de consulter des ressources spécialisées : délai de prescription et huissier.

Combien de loyers impayés faut-il pour lancer une procédure d’expulsion ?

La loi ne fixe aucun seuil quantitatif. L’initiation d’une procédure peut intervenir dès le 2ᵉ mois d’impayé en présence d’une clause résolutoire, mais la mise en demeure et la tentative d’accord amiable restent fortement recommandées.

Le locataire peut‑il être expulsé pendant l’hiver ?

La trêve hivernale (1er novembre–31 mars) suspend les expulsions sauf exceptions (relogement, insalubrité). Une décision judiciaire rendue avant la trêve n’autorise pas automatiquement l’exécution durant cette période.

Que couvre la garantie Visale et qui paie les frais judiciaires ?

La garantie Visale indemnise les loyers dans les limites prévues mais ne prend généralement pas en charge les frais de justice. Le bailleur doit souvent avancer les frais d’expulsion si l’action devient nécessaire.

Que faire si la caution ne paie pas ?

Le bailleur peut agir contre la caution par une mise en demeure puis une action en justice si nécessaire. Si la caution est défaillante, la procédure suit son cours comme si aucune garantie n’existait.

Pour approfondir la validité d’un jugement d’expulsion et les recours possibles, consulter les analyses juridiques disponibles sur contrôle de la validité du jugement d’expulsion peut aider à préparer une exécution conforme.

Enfin, des précisions sur la prescription des dettes après signification sont accessibles ici : comment contester la prescription des dettes.

À propos de l’auteur

Marc, 41 ans, juriste ; j’accompagne des entreprises et des particuliers sur les contrats, la conformité et les litiges.

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